La dure loi du karma

Parfois il y a des livres qui ne t’intéressent pas au début et puis ils deviennent des monstres, si impressionnants qu’on est vraiment soulagé qu’on a décide de continuer malgré les difficultés. La dure loi du karma est un tel livre, et il n’en est un pas moins parce que il compte plus que 950 pages de lecture (!). Un vrai monstre de la littérature chinoise, si on me demande mon perspectif. Mais bien, je l’ai lu dans la traduction française, en chinois ça devrait être plus court (dû à l’écriture logographique chinoise, sans doute).

Mais ce livre a un grand problème – monsieur Mo (ce petit drôle) essaye de décrire trop. Six pages sur les rites sexuels des ânes et des cochons, c’est trop. On peut en avoir assez déjà après un seul paragraphe. Les personnages ne se développent pas très rapidement, et les personnages clés apparaissent plus tard. Je sais que monsieur Mo voulait nous donner une impression de la vie des paysans sous la régime communiste (d’abord celle de Mao Zedong et puis la version modernisée qu’on retrouve en Chine contemporaine), mais la première moitié du livre est assez difficile à comprendre même avec les références culturelles obliques fournies par la traductrice. Le seul point de soulagement est que Mo Yan raconte son récit avec plein d’humour – même si je ne vois pas une histoire cohérente, c’est au moins amusante et cela vous aide à continuer même si on se perd dans les histoires qui s’épanouissent comme des arabesques.

Bien que les première cinq cents pages passent presque inaperçus dans le perspectif du plot général, dans la seconde partie l’histoire gagne de la vitesse et tout s’améliore. Le rôle plus grande du deuxième narrateur Lan Jiefang aide l’histoire (pourtant le premier, Ximen Nao, laisse converger les petits intrigues mais sans jouer un rôle aussi important), et pousse à l’avant-plan les personnages clés de la seconde partie – Lan Jiefang lui-même, Lan Kaifang, et Pang Fenghuang. L’histoire de la dernière est vraiment tragi-comique – fille venant d’une famille avec des richesses grotesques, elle finit par être une prostituée, et elle travaille dans les rues avec un singe comme si elle était dans une cirque.

L’humour avec lequel Mo Yan introduit les modernismes (Pang Fenghuang est décrit comme une super joli fille, mais finit par avoir des cheveux teints blondes et un piercing au sourcil, qui est la source des taquineries et injures envers elle) est aussi joli à lire – elle est semi-rebelle mais aussi comique et directe – joue avec l’idée que quelqu’un portant des modifications corporelles est par défaut un bon à rien, mais elle se voit aussi traité un peu plus respectueux par certains personnages. La scène où Lan Kaifang tombe amoureuse (oû plutôt devient obsessif), fait l’amour avec Pang Fenghuang apres avoir aperçu qu’elle travaille comme une prostituée, mais saigne pendant le coite est classique: ”Mais tu ne savais pas qu’on peut reconstituer l’hymen pour huit cent yuans ?” 
Le sort des personnages principaux est dans le plupart des cas absurdement triste – sans vouloir dire trop, n’ayez pas de l’espérance que tes personnages favoris surviennent le coup – et la chapitre finale se passe à une vitesse qui te heurte comme le Thalys.  Lan Jiefang, l’anti-héros qui quitte sa famille pour vivre avec sa maîtresse et faire l’amour dix fois par jour, en disparaissant pendant cinq ans, est aussi inspirante que triste, mais son honnêteté ne lui fait pas perdre sa face.

Les accidents et événements tragique qui suivent l’un après l’autre à la fin du livre font penser que tout n’est pas sauvé – et dans le sens existentialiste, il en est ainsi – mais l’auteur joue aussi avec l’idée du sort prédéterminé (une notion très chinoise), et c’est la que mon interprétation diverge de celui de l’auteur – je n’aime pas le destin comme un truc stylistique des écrivains. Heureusement qu’il s’en sert de façon comique, sinon cela m’aurait énerve énormément.

En fin de compte, je ne sais pas vraiment si je conseille ce livre aux lecteurs en général – mais il donne certainement une excellente impression de la vie paysanne en Chine après la guerre. Mo Yan est un écrivain très célèbre (ayant gagné le prix Nobel), mais le tempo de la première moitié et les descriptions trop tordus rendent la lecture (notamment en traduction française) laborieuse. La fin récompense beaucoup, mais je ne peux pas du tout échapper à l’impression qu’il faudrait être un peu plus concis – et donc plus facile à lire.

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Om joannavanschaik

Science communication graduate. Music, poetry, literature, travel, science and language collide in this blog.
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